« L’Autre Rio » le revers du décor des JO au Brésil

« L’Autre Rio » est un documentaire d’Émilie Beaulieu-Guérette. La jeune cinéaste emmène le spectateur de l’autre côté du Maracanã, lors des Jeux Olympiques 2016.

« L’Autre Rio » met en valeur la dignité de personnes installées dans les décombres d’un immeuble désaffecté. Dans ce bâtiment, de l’IBGE – Institut Brésilien de Géographie et Statistique, cohabitent environ 100 familles dans des conditions abjectes.

Squat-IBGE
Squat IBGE ©L’AutreRio
Émilie-Beaulieu-Guérette
Émilie Beaulieu-Guérette, réalisatrice au IBGE, au devant du Maracanã ©L’AutreRio

Ce film d’Émilie Beaulieu-Guérette, en plans séquences, est d’un rythme paisible. Il montre la pauvreté sous le soleil, avec de belles images et un bon son. Il est ponctué par de beaux portraits éclairés d’une belle lumière, loin de l’opulence de la ville. La Québécoise filme des gens qui ne sont ni amers, ni arrogants, ni envieux, comme s’ils acceptaient d’être pauvres. Tout en étant conscients que leurs « enfants doivent aller à l’école pour apprendre, et avoir plus de chance dans la vie ».

Elle leur donne la parole et le temps de s’exprimer. Sans critiquer directement, mais de manière engagée, la réalisatrice nuance sur ces déshérités de la politique brésilienne.

Un tournage en douceur pour un thème délicat

Rina
Rina ©L’AutreRio

La caméra d’Émilie focalise avec délicatesse, et fait entendre la voix de Lucienne, appelée Morango (Fraise, en français), 3 filles. Ou de la très bonne danseuse Liana, mariée, et surnommée Maman. Elle a vécu 15 ans « avec ses 7 enfants » sous le pont du Maracanã. Ou encore de Rina qui ne fait pas confiance aux hommes, et préfère donc élever ses 3 filles toute seule. Mais aussi Carlos Alexandre dos Santos, dit Paulista, un sacré bricoleur qui rend service à tout le monde. Et dont le rêve est « que tous puissent être relogés dans un lieu salubre ».

Morango
Lucienne (Morango) ©L’AutreRio

C’est un film émouvant avec un bon casting. Sur des braves gens qui restent dignes et propres, malgré le manque de tout confort. Car ils sont riches d’esprit, coquets, généreux, tendres, ludiques, sans se laisser abattre par la misère et la violence qui les entourent. Or dans ce squat géant il n’y a pas d’eau courante ni collecte de déchets. Ici les ordures sont jetées à même la rue où jouent des enfants, au milieu d’animaux domestiques et des gravats. Mais aussi entre des fils électriques emmêlés qui se baladent, et qu’ils arrivent à tirer, en toute insécurité, pour éclairer leur foyer. En somme on rencontre des personnes réalistes, courageuses, qui se débrouillent comme elles peuvent. C’est un exemple bien réel d’un Brésil, qui ne fait que s’empirer grâce à des hommes politiques corrompus.

L’Autre Rio, une belle lettre d’amour

Liana
Liana (Maman) ©L’AutreRio

Alors c’est par amour pour Rio, élue par Émilie comme sa « terre de cœur », que l’anthropologue porte son regard à travers ces gens qui n’ont pas perdu leur sens de l’humour. D’où l’« envie de raconter une toute autre version de l’histoire des JO ».

Paulista
Carlos Alexandre (Paulista) ©L’AutreRio

En effet deux grands événements sportifs internationaux, Coupe du Monde et JO, ont ruiné la ville de Rio et exproprié quelques 22 mille familles au Brésil. Ce film dénonce « la brutalité et l’injustice criantes, le nettoyage social pour recevoir des touristes, la répression, la militarisation des favelas, la corruption, le détournement de fonds publics » dont ces fêtes sont complices.

Le squat de L’Autre Rio

Malgré les dangers qui les guettent : balle perdue lors d’une bagarre entre policiers et dealers ou bandes rivales, expulsions, maladies. Pour ces plus démunis l’IBGE est leur maison. En effet, pour Liana « c’est un paradis ». De leur immeuble ils ont une vue splendide sur le mythique Maracanã, et peuvent donc assister en direct aux spectacles.

Ils sont aussi en mesure de photographier et de filmer, avec leurs portables, la merveilleuse ville olympique d’où pétaradent des feux d’artifices. En même temps que le présentateur des festivités annonce : « dans ce monde olympique nous sommes tous égaux ». C’est jour de fête, le Maracanã est illuminé. Tout autant que le Corcovado, avec ses bras ouverts et entouré par la forêt de la mata Atlântica. Mais le squat IBGE est dans l’obscurité, sous le bruit d’hélicoptères qui surveillent.

Favela-de-Mangueira ©L'AutreRio
Favela, vue du Squat ©L’AutreRio

Pauvres mais ludiques

Squat -BGE
Habitants du Squat IBGE ©L’AutreRio

Et ainsi durant 1h30′, au rythme du Samba, le spectateur voit la vie évoluer au IBGE. Un enfant court avec un cerf volant en main, de plus petits jouent avec des sacs en plastique. Ils s’amusent et laissent l’imagination faire le reste. Comme ces garçons qui transforment des douilles en sifflets, ou regardent une jeune femme bronzer. Tandis que des petites filles dansent devant le téléviseur ou à la plage. Le mari de Liana se fait teinter les cheveux, un chien abboye, une truie se nourrit de déchets. Des jeunes se déplacent à vélo, ou chantent « le chauffeur du bus est arrivé sans tuer personne » en arrivant à la mer. 

Enfin, récemment, le pire pour eux est arrivé. En mai 2018 le squat IBGE a été démoli par le très contesté maire de Rio, et pasteur évangélique, Marcelo Crivella.

L’Autre Rio est un film touchant. Il est en salles depuis le 10 Octobre, juste entre les deux tours de l’élection présidentielle au Brésil.

NOLDS.