« Les Versets de l’oubli » d’Alizera Khatami en salles

L’Iranien Alizera Khatami réalise avec « Les Versets de l’oubli » (Los versos del olvido) son premier long métrage. Un film étonnant dont il est également le scénariste.

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Le Vieux gardien de la morgue (Juan Margallo) ©House on Fire

Et ce cinéaste, tout comme une grande partie des Latinos, se plaît dans le mélange du réel avec le fantastique dans « Les Versets de l’oubli ». Alizera Khatami explique : « Les Versets de l’oubli est inspiré des faits tragiques qui me tiennent à cœur. Pendant des années, je n’ai pas eu le courage de revisiter ces souvenirs. Ce n’est qu’après avoir digéré ces événements, dans une langue et un contexte géographique différents, que j’ai pu en parler et comprendre que l’amnésie historique ouvre la porte à la répétition de la violence… C’est une réflexion sur la politique de la mémoire et un hommage poétique à ceux qui se battent pour rendre justice aux inconnus. » Sans oublier qu’il met aussi en valeur la Nature.

Le vieil homme et la morgue

Ainsi cette fiction raconte l’histoire d’un homme de 70 ans, joué par Juan Margallo, qui veille sur une morgue des dissidents d’un pays inconnu par où la dictature est passée. Or il est un gardien consciencieux et l’archiviste de ce lieu situé quelque part en Amérique Latine. Sa morgue est dans un cimetière où il y a plein de petits tombeaux fleuris superposés. De ce terrain l’on voit des maisons colorées telles que celles de Valparaiso (Chili). La ville paraît vidée de ses souvenirs comme dans une amnésie collective.

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Le vieux gardien de la morgue – Les Versets de l’oubli ©House on Fire

Cependant ce vieux monsieur est doté d’une mémoire incroyable. Il se rappelle de tout. Non seulement des événements, mais aussi des chiffres, des heures, des jours, et avec des détails. Sauf des noms, le sien inclus.

Pendant la journée cet homme parle souvent avec le fossoyeur. Celui-ci aime les histoires, autant celles des personnes âgées que celles des gens décédées. Et il ne peut creuser une tombe que s’il connaît l’histoire du défunt. Pour lui « quand quelqu’un meurt le monde meurt avec lui ». L’autre copain du vieil homme est le chauffeur du corbillard, qui montre également avoir un passé trouble. Mais il y a aussi une vieille femme qui recherche inlassablement sa fille disparue.

Les Versets de l’oubli, un thriller

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Le vieil homme – Les Versets de l’oubli ©House on Fire

Or tout se passe tranquillement jusqu’au jour où la milice locale vient y cacher des cadavres de civils, qu’ils ont abattus dans une manifestation. Parmi ces cadavres se trouve le corps d’une jeune femme…

Puis lorsque le vieux gardien se rend au bureau du directeur des Pompes Funèbres celui-ci lui annonce qu’une nouvelle morgue a été construite, et que sa morgue va fermer.  Alors le gardien réplique qu’il y a encore des corps dans deux des 12 tiroirs de la sienne, que de ce fait sa morgue ne peut pas fermer. Mais le directeur, depuis son fauteuil de dossier en forme de cercueil, ne veut rien entendre. Et lui fait part de sa mise officielle à la retraite. En revanche, malgré cela, le vieil opiniâtre continue à s’occuper avec soin de sa morgue. Ensuite il est surpris par une agression. Et l’ambiance du suspense se met en scène…

Du rêve à la réalité

Les Versets de l'oubli ©House on Fire
Les Versets de l’oubli ©House on Fire

Car ce film, doté d’une belle lumière, d’une bonne musique, et de bons effets visuels, laisse planer le mystère. Avec des dialogues absurdes, drôles, pleins de sens, il est politique, critique, poétique, visuel, réel et surréaliste. Ainsi une baleine, précédée par des sons et des phénomènes atmosphériques, survole la ville. Une voix off, émise d’une radio, annonce que six baleines ont échouées sur le sable de l’Océan Pacifique. Quelqu’un note que « Les baleines soufrent de la mort des êtres aimés ».

Alizera Khatami, un réalisateur nomade

Aussi Alizera Khatami, qui est né en 1980, qui a grandi pendant la guerre Iran-Irak (1980-1988) est un grand voyageur. C’est pourquoi, par exemple, qu’il a tourné des courts métrages en Asie, parcourue de la Malaisie à Taïwan. Selon lui c’est en Malaisie qu’il a « appris à traduire [ses] idées en langage universel, celui du cinéma ». Résultat : l’une de ces œuvres « La Nouvelle adresse de monsieur Chang » a été présenté à la Quinzaine des Réalisateurs, à Cannes, en 2013.

« Les Versets de l’oubli », une invitation à la désobéissance

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Alireza Khatami © House on Fire

Et maintenant, vu l’impossibilité de réaliser son film en Iran, le cinéaste exilé visite l’Amérique du Sud pour tourner « Les Versets de l’oubli » au Chili. Où il y a, dit-il, « des similitudes étonnantes avec des paysages iraniens : la terre sèche, le ciel bleu d’un horizon à l’autre, les textures, les couleurs et l’ambiance ». Pour lui ce film « répond à la demande éthique de se souvenir du passé, et de résister à la violence de l’oubli, comme rédemption personnelle». Inspiré par « Antigone », de Sophocle, Les Versets de l’oubli célèbre la désobéissance civile comme vertu, pour éviter la répétition de la violence.

Tout comme le Français, diplomate et résistant, Stéphane Hessel (1917 – 2013) incite les citoyens à honorer leurs devoirs dans son livre « Indignez-vous ». C’est pourquoi « l’Employé de Pompes Funèbres dit Non, afin d’exercer sa liberté et devenir pleinement humain », souligne Alizera Khatami. En effet son film est un vrai manifeste contre la société qui « réprime le souvenir de ses jours sombres ».

Pour toutes ces raisons « Les Versets de l’oubli » a reçu entre autres, en 2017, les prix du Meilleur Scénario, Interfilm et FIPRESCI (Fédération internationale de la presse cinématographique) à la Sélection Orizzonti du Festival du Film de Venise (Italie, Europe).

NOLDS.