« L’Illusion Vert€ » de Werner Boote en salles le 13 février

L’envers du décors du commerce « écoresponsable » dévoilé dans le documentaire « L’Illusion vert€ ».

Dans « L’Illusion vert€ » le réalisateur autrichien Werner Boote(1) se met en scène avec Kathrin Hartmann. Avec la journaliste allemande, experte de l’écoblanchiment, ils dénoncent le greenwashing ou blanchiment « vert ». Alors ils partent de Vienne pour l’Indonésie avant d’aller aux États-Unis, Allemagne, Brésil, pour le constater auprès d’écologistes et d’industriels.

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Brésil, Chef de l’ethnie Terena, Kathrin, Werner ⓒL’Illusion vert€

Pour tirer les vers du nez des représentants des multinationales, l’imposant physique grand nounours avec la bonne humeur de Kathrin jouent au « bon flic – mauvais flic ». Tandis que Werner fait le sympathique pour les mettre en confiance, Kathrin les attaque. Leur but : mettre en lumière les mensonges stratégiques des hommes d’affaires, qui confondent le client avec des étiquetages trompeurs voire bidons.

La vogue du bio et du développement durable

En effet avec la mode du bio et du développement durable des entreprises malveillantes profitent de la brèche pour gagner encore plus d’argent. Depuis des produits considérés nuisibles sont estampillés verts : « bio », « écoresponsables », « développement durable », « commerce équitable ». Alors que, berné par ces étiquettes, le « consom’acteur » achète plus cher ces produits ; tout en pensant aider le bien être des gens et la Planète.

L’huile de palme durable c’est une « L’Illusion vert€ »

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Feu de forêt, Sumatra, Indonésie ⓒL’Illusion vert€

Pour le vérifier Werner et Kathrin font un tour en Indonésie, pays plus grand producteur l’huile de palme. Ici la biodiversité a été détruite, et la terre calcinée remplace les forêts réduites en cendres pour accueillir la monoculture des palmiers. Ils rencontrent Feri Irawan(2) de l’association Perkumpulan Hijau, à Sumatra.

Cet activiste écologiste est formel : « Il n’existe pas d’huile de palme produite de manière durable. Car elle ne pousse que là où les forêts tropicales se sont développées ». Pourtant, malgré cette certitude, il existe bien un label « huile de palme durable » : le RSPO (Roundtable on Sustainable Oil Palm). Or, en réalité, ce label provient d’une table ronde composée d’industriels, tels que Montsanto ou Syngenta. En clair, le RSPO est un « mensonge vert ». Il a été créé par l’industrie de l’huile de palme et deux ONG appuyées par le lobby EPOA (European Palm Oil Alliance).

Multinationales tricheuses

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Werner Boote,au supermarchéⓒL’Illusion vert€

C’est donc avec des labels comme RSPO que l’agro-alimentaire Nestlé blanchit ses produits. Tout comme le spécialiste de l’hygiène et de la beauté(3) Procter et Gamble. Ou encore la multinationale de la consommation alimentaire, soin, entretien, Unilever, dont le PDG Paul Polman affirme qu’elle « est la plus grand ONG du monde ». Alors que, selon Werner, pour la seule « fabrication de ses plats cuisinés Unilever détruit la moitié des forêts de la Terre ».

Sans oublier Coca-cola qui, d‘un côté, assèche les sources naturelles d’eau potable de la Planète, pour obliger les locaux à lui acheter ses bouteilles en plastique polluantes. Et de l’autre côté, le roi du soda, s’attribue le rôle de « gardien de l’eau potable » pour « verdir » son image.

Pringles chips nuisibles

Poursuivant leur trajet, Werner et Kathrin piqueniquent à Austin (États-Unis) avec Raj Patel, professeur-chercheur à l’Université du Texas. Ce membre du mouvement La Via Campesina trouve que, comme « de nos jours tout est vert », c’est au consommateur de se poser des questions : « D’où vient ce produit ? Comment est-il fabriqué ? Est-il bon pour la santé ? ». Alors Raj Patel appelle à se passer d’apéritifs. Comme les pringles chips, sans aucune valeur nutritionnelle, en faveur de produits plus sains et sans huile de palme.

Marée noire et communication

Par ailleurs des géants pollueurs des cours d’eaux et des mers comme Shell et Total se diversifient dans les énergies durables. Et se mettent au « vert », comme le pétrolier BP- British Petroleum dont la publicité promet d’aller « au-delà du pétrole » (Beyond Petroleum), en se qualifiant de « la plus verte des compagnies de pétrole ». Alors « L’Illusion vert€ » remémore le déni de BP lors de la catastrophe écologique du 20 avril 2010, avec la plate-forme Deepwater Horizon. Car les galets radioactifs de l’immense marée noire polluent encore les plages du golfe du Mexique.

« L’Illusion vert€ » : Tesla une voiture pas si propre que ça

Ensuite les deux enquêteurs se rendent en Allemagne. Dans une belle Tesla, qui tombe en panne, fabriquée par le milliardaire Elon Musk, ils évoquent le côté pervers des voitures électriques qui « demandent, rappelle Kathrin, beaucoup d’énergie pour être fabriquées ». Or ses batteries nécessitent du lithium, dont l’extraction détruit les lacs salés en Argentine, Bolivie, Chili.

RWE
Essen, Allemagne, mine de charbon RWE ⓒL’Illusion vert€

À Essen ils passent par le site apocalyptique de la mine géante de charbon à ciel ouvert de RWE (Rheinisch-Westfälisches Elektrizitätswerk Aktiengesellschaft), classée premier pollueur européen pour ses émissions de CO2. RWE distribue désormais des services environnementaux. Malgré avoir été accusé, en 2017, d’aggraver le changement climatique et la fonte des glaciers andins avec risque d’inonder plusieurs villes au Pérou (Amérique Latine).

Une violence continue en Amazonie

Suivant leur périple, Werner et Kathrin se dirigent vers le Brésil. Entre autres, ils rejoignent, dans la région du Mato Grosso do Sul, la militante autochtone Sônia Guajajara. La candidate du Parti Socialisme et LibertéPSOL s’insurge contre la violence pratiquée dans les terres traditionnelles indigènes d’Amazonie, par l’agro-business, pour créer des bovins, planter du soja et du maïs transgénique. Sônia souhaite que les « populations indigènes puissent continuer à vivre en sécurité sans être une proie aux invasions au nom de l’argent ». En revanche, avec le gouvernement d’extrême droite capitaliste de Jair Bolsonaro, élu en 2018, la violence risque de s’aggraver.

Une minorité capitaliste contrôle la Planète

Entretemps, à Boston, pour mieux comprendre pourquoi la société en est arrivée là, Werner et Kathrin s’entretiennent avec Noam Chomsky, du MITMassachussets Institute of Technology de Cambridge. L’éminent professeur de linguistique, explique que « le principal obstacle a l’idée de durabilité est qu’une poignée de personnes dirige la moitié de la population mondiale. » Et que ceux qui détiennent le capital contrôlent aussi toutes les décisions importantes. « Il faudrait un contrôle populaire, pour servir le bien commun et le bien être du travailleur », ajoute l’auteur de Qui mène le monde ? Cela fait penser un peu à la demande des Gilets Jaunes, qui se révoltent contre le pouvoir en France.

Ainsi « L’Illusion vert€ » révèle le dessous d’un scandale vert monumental, avec des entretiens édifiants illustrés par des tournages chocs et des archives. Ce long-métrage sort à Paris, au Club de l’Étoile, en avant-première le 27 janvier 2019.

NOLDS.

Notes :

(1) Avec son premier documentaire « Plastic planet » (2009) Werner Boote reçoit le Romy d’Or du meilleur documentaire de cinéma, de la télévision autrichienne. Et, à Berlin, avec « Population boom » (2013) il gagne le Green Me Award du meilleur documentaire vert.

(2) Grâce à Feri Irawan, en janvier 2018 la Cour suprême de Jambi (Sumatra) condamne l’entreprise RKK – Ricky Kurniawan Kertapersada. RKK, fournisseur d’Unilever, est responsable des feux qui, en 2015, ont causé plusieurs morts et ravagé l’Indonésie.

(3) Dans les cosmétiques l’huile de palme se cache derrière des dérivés. Ses dérivés portent les préfixes : « lauryl, cetear, stear, palm, myr(ist), dodec », ou le suffixe « capryl ».