Pierre-William Glenn dans « Dis Pas de bêtises » par son fils Vincent

Un film documentaire sur le grand directeur de la photographie et réalisateur Pierre-William Glenn.

PIERRE-WILLIAM GLENN (1943 – 2024) est un filmworker. Voilà que le surnommé Glenn est mis en scène dans Dis Pas de bêtises par son fils Vincent. Or ce film est un documentaire « réalisé ensemble » avec son papa. Car Vincent Glenn a cette belle idée suite à des « rapports difficiles » entre père et fils. Alors, depuis, entre les deux hommes, comme dit Vincent, tout devient « plus doux et tendre ».

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Glenn sur sa moto

Du coup, ici, le spectateur accède aux tournages de Pierre-William intercalés de témoignages et d’archives divers. Par exemple ces photos très touchantes de Pierre-William Glenn avec Vincent bébé dans ses bras, qui illustre aussi l’affiche du film. Ou aux côtés de sa fille Lucille. Au-delà, entre bien d’autres, celles de Pierre-William avec la tête coiffée de beaux chapeaux, ou sur sa mythique moto Triumph.

Du coup, ici, le spectateur peut entendre et voir Glenn partout. À marcher dans la rue avec une canne, dans le métro, en voiture, sur la route, au bar. Aussi des extraits de films montrent le quotidien de Glenn dans son passé, en famille ou en action au cinéma. Où il passe « 80% du temps derrière la caméra » précise Vincent en voix off.

Ou des images d’actualité, pour mieux situer l’époque du tournage du documentaire. Notamment ces manifs anti Macron, lors de la proposition du recul de l’âge de la retraite.

Imprévus de la vie

En fait Vincent explique qu’à 75 ans Glenn subit « une opération du cœur qui tourne mal, lui fait perdre 20 kg. Puis l’usage de ses jambes ». Ensuite ce remarquable chef opérateur a « un AVC. Du coup il ne voulait plus rien faire. Mais ce film l’a boosté ».

Voilà que « l’idée de la magie est nécessaire pour continuer à vivre », affirme Pierre-William Glenn.

Donc voici un documentaire nécessaire et édifiant sur ce géant, en stature et en talents, au regard bleu perçant. Ce personnage exigeant avec soi-même se disait « Je peux toujours faire mieux ». De fort caractère et pas toujours facile, il sait aussi « lancer des phrases assassines ».

Dis Pas de bêtises

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P-W Glenn

Par ailleurs, pour ce grand fumeur il est important que Dis Pas de bêtises lui ressemble. Aussi bien « personnellement, qu’esthétiquement, et politiquement ». Il souhaite qu’ils puissent « parler librement de tout ». Du cinéma à la mort. En passant par la folie, la compétition, la trahison, le mensonge, la politique. Sans oublier, bien sûr, le désir et la transmission.

Or cet homme généreux, rigoureux, est un travailleur acharné. Car, comme Kubrick, il lançait à ses équipes : « L’on se reposera quand l’on sera mort ».

Dans ce documentaire Glenn évoque, entre autres, « la qualité du noir dans un film ». Et pense à Le Cabinet du docteur Caligari. Dont « la photo parle, elle est expressionniste ».

En faveur du service public

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Glenn observe

En outre Glenn est un être entièrement engagé vers les citoyens. Voilà pourquoi pour lui c’est : « service public, service public, service public ». Par ailleurs, selon lui l’on doit « rester concret, rester présent, conserver le goût du savoir-faire ».

Aussi, dans son parcours, ce militant trotskiste fait des études de mathématiques. Avant de passer par l’IDHECInstitut de Hautes études cinématographiques (actuel FEMIS). À ce moment là il filme des grèves et les manifestations de mai 68.

À noter également, qu’à Montmartre, ce cinéphile a pour voisin Claude Miller (1942 – 2012), qui épouse sa sœur. Alors les deux hommes travaillent ensemble. Résultat : Pierre-William signe la photographie de quelques court-métrages de Miller.

Pierre-William Glenn une belle carrière cinématographique

Ainsi, au cinéma, le travail artistique de Pierre-William Glenn se fait remarquer dès 1968. Grâce au magnifique noir et blanc de Wheels os ashes de Peter-Emmanuel Goldman.

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Pierre-William Glenn en tournage

Depuis, justement, la beauté de sa photographie s’impose. Et sa carrière démarre en trombe. Notamment avec Le cousin Jules de Dominique Benicheti (1972) lauréat du Prix spécial du jury au Festival de Lucarno en 1973. Un film sur le dernier forgeron en Bourgogne, Jules Guiteaux, 83 ans. Où ce Bourguignon est mis en lumière avant et après la mort de son épouse Félicie. Dans lequel Glenn utilise déjà des techniques expérimentales.

À remarquer que Glenn, au-delà d’être le premier à utiliser la pellicule Fuji, est connu également par son travail au Steadicam.

Réalisateurs célèbres

Voilà pourquoi cet inventif directeur de la photographie est invité à travailler avec les plus grands cinéastes. Allant de François Truffaut (La Nuit américaine 1973, L’Argent de poche 1976) à Costa Gavras (État de Siège, 1972). En passant par Bertrand Tavernier (avec lequel il est responsable de la photographie de sept films à partir de 1973), Claude Lelouch (qui a ouvert son Ciné Bistrot à Trouville, en octobre 2025, où il y prépare actuellement son 52è film Un temps pour tout), Peter Goldman, Samuel Fuller. Pour ne citer que ceux-là car la liste de sa carrière est longue.

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Glenn sur Yamaha

Sans oublier que Glenn est le cadreur du fameux Monsieur Klein (1976) et Les Routes du sud (1977) de Joseph Losey.

Mais cet artiste aux multiples talents ne s’arrête pas là. Car il est aussi un grand sportif. Or il s’intéresse au parachutisme, est détenteur d’une ceinture noire de karaté et d’aïkido. Et, voilà qu’en 1974, ce motard réalise son premier film : Le Cheval de fer sur le monde de la moto. Lequel est très apprécié par la critique. Puis se suivront : Les Enragés (1985), Terminus (1987), 23 heures 58 (1993), Les Silences de Johnny (2019) sur Johnny Halliday diffusé à Cannes. Bistro

Ainsi, tel le photographe Robert Adams sur son livre Pourquoi photographier, derrière la caméra Glenn se demande « Pour quoi Je fais des images ? ».

Résultat, en tant que chef opérateur et directeur de la photographie, Glenn signe au moins 75 longs métrages.

Bertrand Tavernier sur Pierre-William Glenn

Le grand réalisateur moult récompensé, Bertrand Tavernier (1941 – 2021), président de l’Institut Lumière, dans une Master Class, le 28 mars 2018, raconte dans les propos recueillis par Regardinfos que voyant « les problèmes qui d’autres pouvaient avoir avec leurs collaborateurs », il décide de travailler avec des gens « disponibles », qui veulent l’« épater ». « Des passionnés qui me soutiennent, qui soient avec moi, qui ne me lâchent pas, qui m’aident ».

Des personnes « comme Glenn ». Car « le cinéma c‘est un travail d’équipe. Où les gens sont attentifs et aident l’autre ».

Tavernier poursuit en disant que « Glenn est un chef opérateur qui respecte le son ». Or, pour lui aussi « le son est primordial ». Alors il cite Pagnol qui « restait dans le camion à écouter le son. Si le rythme du dialogue était bon et la scène aussi il disait « print » sans regarder la scène. Ça m’est arrivé de fermer les yeux pour écouter le son ».

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Bertrand Tavernier ©RDI, NOLDS, 28/3/2018

Ainsi Bertrand Tavernier confirme « Glenn c’est un bon. Glenn c’est aussi LE cadreur.

Puis Tavernier ajoute que de son premier film, seul en tant que réalisateur, L’Horloger de Saint-Paul (1974), Grand prix du jury au Festival de Cannes :

« Il y avait une scène où je n’avais pas ce que je voulais. Et, en même temps, j’avais peur de dépasser le temps imparti. Alors j’ai dit : On arrête ! Glenn me rappelle : On n’a pas encore trouvé un système pour mettre dans un film un sous-titre. Cette scène n’est pas totalement réussie, parce qu’on n’a pas eu assez de temps pour la tourner. Donc, si tu veux qu’elle soit réussie, assure-toi qu’elle le soit. Et on oublie pour le dépassement. »

Glenn un homme entier toujours prêt à aider

Alors Tavernier note que Glenn «  était tout le temps comme ça ». « J’étais catastrophé par les premiers rushes. Glenn m’assure en disant : Il y a deux choses dont il faut se méfier au cinéma. C’est l’enthousiasme au rush et la dépression après les rushes. Ce sont les deux choses qu’il faut mettre en doute ! Il ne faut jamais s’enthousiasmer et ne jamais être déprimé. Attends que les plans se montent les uns avec les autres. Attends de voir comment ils marchent. Et tu verras ! 

Glenn avait entièrement raison. Car les scènes une fois montées, après deux jours de tournage, marchaient impeccablement une fois qu’on les a mixées. Voilà pourquoi il faut avoir des gens qui soient mieux que des techniciens, des gens qui vous appuient, qui vous aident ! »

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PW Glenn

Un autre exemple. « Sur La mort en direct, dans une bagarre qui opposait Romy [Schneider] à Harvey Keytel, Glenn dépassait largement son rôle de chef op. Glenn s’occupait de Romy. Il a pu ainsi organiser une rencontre avec Harvey et Romy pour qu’ils puissent s’arranger. Et cela n’a pas de prix d’avoir des gens comme ça, des gens qui vont épauler votre passion !

« Glenn et Alain Corneau (1943– 2010) m’ont apporté beaucoup dans le film de Le Juge et l’Assassin.Glenn est excellent aussi dans le film de [ José] Giovanni [Où est passé Tom ?] avec la caméra à la main éclairée dans la nuit de manière extraordinaire et audacieuse. »

Travail associatif

À ne pas oublier que ce célèbre chef opérateur est un solitaire qui s’investit dans la collectivité. Ainsi de 1997 à 2000 Glenn préside l’AFC – Association française des directeurs de la photographie cinématographique. Dont il était membre fondateur.

Puis de 2002 à 2018, il dirige la CST– Commission supérieure technique de l’image et du son. Et codirige, de 2005 à 2019, le département Image de la Fémis.

Par ailleurs la CST, qui associe tous les techniciens du cinéma et de l’audiovisuel, attribue aussi deux prix au Festival de Cannes. Où elle assure la direction technique du festival. Or ses prix sont donnés au meilleur technicien et à la meilleure technicienne qui ont contribué le plus à la réussite de la mise-en-scène d’un film, diffusé dans la sélection cannoise.

Un adieu

Ainsi en 2018, par exemple, le lauréat est Shin Joom-hee pour sa subtile direction artistique dans Burning de Lee Chang-dong. Lors de la remise du prix à ce Coréen, au cinéma UGC Drugstore à Paris le 1/10/2018, Pierre-William Glenn explique qu’ « Il faut dans ce métier beaucoup de modestie. Parce ce que c’est un an de travail pour une heure au cinéma ». Aussi, dans cette soirée, Glenn annonce qu’il part « à la retraite ». Mais il continue actif.

Beau documentaire

Voilà donc une belle leçon de vie. Dans un documentaire nécessaire et édifiant sur ce géant, en stature et en talents, au regard bleu perçant. Or Glenn pousse à cultiver le regard et les différences afin trouver sa propre voie.

Aussi Dis Pas de bêtises est un très bel hommage du réalisateur Vincent Glenn à son papa. Le grand Glenn, qui disait « Le cinématographe c’est écrire en mouvement et écrire en lumière avec l’énergie ».

Or parmi les étoiles cet artiste unique continue de briller et à enchanter par son œuvre, qui reste à jamais dans l’histoire du cinéma. Un Filmworker marquant, comme Leon Vitali. Le bras droit de Stanley Kubrick, pilier des images du grand écran.

Bref le 23 septembre 2024, rappelle la CST, Pierre-William Glenn effectue « un ultime geste esthétique » tel un dernier clap. De cet homme passionné, compétent, généreux, qui aimait transmettre le meilleur de lui-même.

Dis Pas de bêtises est un documentaire à voir. Il est dans les salles depuis le 26 novembre 2025.

NOLDS.