Tatiana Leskova une étoile classique

Portrait d’une danseuse étoile russo-franco-brésilienne.

Tatiana Leskova est un personnage attachant. Cette femme née à Paris en décembre 1922, d’origine russe, s’est établie à Rio de Janeiro (Brésil). Elle est belle, généreuse, pleine d’humour.

Regard’Infos l’a rencontrée dans un hommage à la Maison de l’Amérique Latine le 22 juin 2018. Alors âgée de 95 ans, Tatiana Leskova se montre en bonne forme et adore parler aux journalistes. C’est une personne pleine d’énergie. Même avec une jambe cassée, elle donne des cours à São Paulo (Brésil), et anime des master classes. Encore en convalescence, elle s’excuse de « ne pas pouvoir faire quelques pas et le grand écart » pour le public présent à Paris.

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Tatiana Leskova, Maison d’Amérique Latine, 22/6/18

Leskova et ses amis

Cette danseuse exceptionnelle est sollicitée par son ami Rudolf Nureyev, alors qu’il était directeur de l’Opéra de Paris, pour mettre en scène « Les Présages » de Léonide Massine. Tatiana Leskova travaille aussi avec d’autres noms célèbres. Comme les compositeurs Stravinsky et Rachmaninov. Ou les chorégraphes Fokine, Balanchine, Massine, Nijinska, ou encore la danseuse Alicia Alonso. Sans parler des amis des arts plastiques, tels que Picasso et Miró.

Une vie pas toujours facile

En revanche cette personne droite, qui dit ce qu’elle pense, n’a pas eu une jeunesse facile. Tatiana raconte avoir eu faim et avoir beaucoup souffert dans son enfance. Son père, Georges Leskov, l’élève tout seul, à Paris, après le décès de sa maman, Hélène Medem. Tatiana a à peine 9 ans. Elle se souvient que son père lui disait « Ne mens jamais. Tu dois être honnête avec toi même ». De son père elle hérite la curiosité et sa culture. Petite il lui « lisait la mythologie grecque et romaine ». Puis l’interrogeait, se souvient-elle.

Danseuse douée

Un an après le décès de sa maman, Tatiana débute ses études de ballerine avec Lubov Egorova, qu’elle considère comme sa deuxième mère.

À treize ans la jeune danseuse talentueuse intègre l’Opéra Comique de Paris, puis la Comédie Française. À seize ans elle s’affiche, à Londres, dans la troupe de l’Original Ballet Russe de Serge Diaghilev.

Tatiana Leskova une danseuse amoureuse

Ensuite la Compagnie part en tournée en Australie, aux États-Unis, et en Amérique du Sud. C’est en Argentine, à Buenos Aires, que Tatiana rencontre celui qui deviendra « le grand et l’unique amour » de sa vie, Luíz Reis(*). Ils se retrouveront l’année suivante à Rio de Janeiro, Tatiana n’a que 21 ans. Alors l’amoureuse change sa place de première danseuse du Ballet Russe pour la revue du Copacabana Palace.

Tatiana Leskova une référence de la danse

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Tatiana Leskova, dans « Giselle » (1953)

Mais très vite elle redevient danseuse étoile pour le Théâtre Municipal de Rio de Janeiro. Et, à 27 ans, Leskova prend la direction du ballet de ce théâtre. Où elle invite les plus grands noms, comme par exemple Pierre Lacotte.

Son rôle pour la danse classique au Brésil est immense. « Il y a eu un avant et un après Tatiana au Brésil, affirme son ex-élève Anderson Dionísio. Dona Tânia, comme l’appellent ses élèves, est une référence pour tous les danseurs brésiliens ».

Elle donne des bourses d’études aux plus démunis, et son académie à Copacabana forme des centaines de danseurs jusqu’en 2002. Adorée par ses élèves, elle avoue être « très exigeante et sévère, mais derrière tout ça il y a beaucoup d’amour et de considération pour eux ». Perfectionniste certes et « autoritaire sûrement, mais pas  dictateur. La danse c’est un métier dur qui demande beaucoup », souligne-t-elle.

Dans sa brillante carrière Tatiana Leskova reçoit de nombreux prix, de l’Angleterre aux États-Unis en passant par la France et les Pays-Bas. Surnommée « l’encyclopédie de la danse » cette femme est un exemple de bonne longévité. Moderne, elle utilise « portable, Ipad », et fait de la gymnastique avec assiduité pour maintenir sa forme de ballerine.

NOLDS.

(*) Tatiana Leskova et Luíz Reis ne se quitteront plus. Ils restent ensemble durant 40 ans « 20 ans d’amour fou et 20 d’amitié », précise-t-elle. Bien que le riche aristocrate brésilien soit coureur de jupons et marié à une charmante française, Giselle Zucco.

Plus tard Giselle, devenu veuve, reste amie avec Tatiana. Et c’est elle qui lui lègue un héritage, avec lequel Tatiana s’achète un appartement à Ipanema où elle y vit toujours. En revanche de Luíz Tatiana n’a « gardé qu’un couteau suisse », dit-elle souriant.