Le génocide des Indiens Guarani Kaiwoá au Brésil

Le massacre des Indiens brésiliens Guarani Kaiowá est un crime contre l’humanité.

Comme le gouvernement brésilien laisse faire, le chef Indien Ládio Veron demande l’aide européenne pour éviter la disparition de cette ethnie.

Carte du Brésil avec ses ethnies.
Carte du Brésil avec ses ethnies.

 

Le cacique Guarani Kaiowá, Ládio Veron, fait un tour de trois mois en Europe pour demander de l’aide contre l’extermination des Indiens du Brésil. Il est en France depuis le 20 mai et y reste jusqu’au 29.

Ce cacique visite l’Europe pour demander justice contre le génocide des Indiens. Un génocide qui perdure depuis l’arrivée des Européens au Brésil, dont résulte le côté pervers des « grandes découvertes » du XVIè siècle. Et, depuis, malgré les différents gouvernements qui se sont succédés aucun n’a pas eu la décence de protéger ces brésiliens de souche pure.

Alors avec sa belle coiffe de plumes colorées, durant 90 jours, Ládio Veron dénonce le génocide indien, l’ethnocide, et la négation des droits humains des Indiens Guarani Kaiowá de l’état de Mato Grosso do SulMGS (Centre-Ouest du Brésil), tolérés par le Brésil et par le propre état dont ils sont originaires.

Carte de Mato Grosso du Sud, Centre-Ouest du Brésil, Amérique du Sud.
Carte de Mato Grosso du Sud, Centre-Ouest du Brésil, Amérique du Sud.

Le Cacique Ládio Veron, a été choisi par l’Assemblée du Peuple Guarani, l’Aty Guasu, pour faire ce voyage et représenter son peuple. Il doit raconter aux Européens les luttes désespérées des Indiens pour faire entendre leurs voix pour défendre leurs droits mais aussi affirmer leur désir d’autodétermination pour récupérer la terre de leurs ancêtres, dont ils étaient les gardiens avant d’être expulsés par les envahisseurs. Par conséquent, Ládio a pour mission de demander un appui international pour mettre un terme à ces violations des droits légaux  des Indiens ; non seulement à celles des peuples autochtones du Mato Grosso do Sul, mais également à celles de tous les Indiens des autres régions du Brésil, afin qu’ils puissent tous habiter leurs terres en tant que propriétaires souverains. Son voyage est financé par l’association brésilienne « Tribunal Popular ».

 

Le droit à sa terre

De son côté, l’organisation Survival International(1) appelle le Brésil à reconnaître le droit des Indiens à posséder leurs terres, conformément aux Conventions 107 et 169(2) de l’Organisation International du Travail – OIT, qu’il a ratifiées en 1965 et en 2002.

Selon Survival International, « le Brésil est l’un des deux seuls pays de l’Amérique du Sud qui ne reconnaît pas encore les droits des Indiens à posséder leur terre.

De ce fait, les Guarani Kaiowá de MGS subissent toutes sortes d’humiliations. Car, aujourd’hui, ils se retrouvent éloignés de la terre de leurs ancêtres, encerclés comme des bêtes, affamés. Tandis que leur forêt est transformée en fermes d’élevage, en plantations de canne à sucre ou de soja transgénique, ou encore dévastées par l’exploitation illicite du bois, engendrant un écocide avec la destruction de la flore et de la faune. Une situation outrageante et vraiment alarmante. Alors que les Guarani Kaiowá sont des citoyens comme les autres personnes. Pour toutes ces raisons et pour s’en sortir, ils ont « besoin du soutien de la Communauté Internationale des Droits de l’Homme », explique Ládio.

Ládio Veron, chef indien brésilien des Guarani Kaiowá.
Ládio Veron, chef indien brésilien des Guarani Kaiowá.

 

Ládio Veron en Europe 

Ce voyage en Europe emmène le cacique Ládio Veron, du 1 mars au 8 juin 2017, en : Espagne, Grèce, Italie, Royaume-Uni, Irlande, en passant par l’Allemagne, la Suisse, l’Autriche, pour arriver en France et se présenter à Paris, Montpellier, Marseille, Lille, avant de se rendre en Belgique, Espagne et Portugal.

Ses entretiens dans ces 12 pays visent par ailleurs établir des alliances politiques avec les organisations des travailleurs européens, pour former un Réseau International d’Aide aux Guarani Kaiowá.

Les Guarani Kaiowá, dans leur combat, pour la reconnaissance de leurs terres, reçoivent de l’aide de certaines associations au niveau international. Notamment de Sauvons la Forêt, qui a lancé plusieurs pétitions pour les défendre et a organisé des manifestations de soutien à Berlin.

La situation des autochtones au Brésil

En fait, les communautés autochtones ont acquis plusieurs droits, assurés, du côté l’international, par la « Déclaration des Nations Unies sur les Droits des Peuples Autochtones », en 2007 ; et, du côté du Brésil, par la Constitution Fédérale de 1988, qui prévoit la délimitation de leur territoires traditionnels. Mais après l’impeachment(3) de la présidente Dilma Rousseff, en 2016, quand Michel Temer, compromis dans l’affaire Petrobras/Odebrecht(4), a assumé, en intérim, la Présidence de la République du Brésil, c’est la valse des changements des Lois, dont celles concernant les Peuples Autochtones Brésiliens. Des peuples qui, comme les Guarani Kaiowá, sont opprimés par la puissante agro-industrie des gros propriétaires fonciers qui se sont appropriés de leurs terres. Ces gros fermiers en outre font partie de ce nouveau gouvernement. De plus ces personnes absurdement riches se sont groupées en syndicats qui maintiennent des milices de sécurité privée. Ces paramilitaires à leurs solde participent à la répression des peuples amérindiens et sont responsables de la plupart des assassinats des Indiens ; qui lutent pour sauvegarder leur territoire, les Tekohas, qui sont en instances judiciaires. Il va sans dire qu’aucun de ces assassinats n’a été puni, comme c’est souvent le cas au Brésil.

Cartoon de Latuff 2012, "L'Agro-négoces et le Génocide Guarani Kaiowa au Brasil", dessiné dans un campement Guarani Mbyá, Cachoeira do Sul (RS).
Cartoon de Latuff 2012, « L’Agro-négoces et le Génocide Guarani Kaiowa au Brasil ».

 

 

Ládio et Marcos Veron

L’anthropologue Ládio Veron est le fils du leader guarani Marcos Veron qui fut battu à mort, le 13 janvier 2003, parce qu’il défendait sa communauté ; alors qu’ils venaient de se réinstaller sur leur terre dont ils ont été expulsés en 1950. La terre de leurs ancêtres, la Tekoha Takwara, revendiquée par Veron et sa communauté. Quelques jours avant sa mort, Marcos Veron avait déclaré : « Cette terre représente ma vie, mon âme. Si vous m’éloignez de ces terres, vous m’ôtez la vie ».

Assassinat de Marcos Veron : les faits

Les faits : « Environ une quarantaine d’hommes armés ont attaqué et agressé la communauté des Guarani Kaiowá. Le lendemain ils ont poursuivi, sur 8 km, un véhicule et tiré sur les personnes qu’il transportait, soient 2 femmes, un jeune de 14 ans et 3 enfants de 6, 7 et 11 ans. Puis dans la nuit du 13 janvier, les agresseurs ont attaqué à nouveau leurs campements, ont séquestré et attaché sept Indiens dans la remorque d’une camionnette pour les emmener dans un lieu où ils ont procédé à des actes de torture. Durant cette agression Ládio, l’un des enfants de Veron, a été presque brûlé vif. Sa fille, Geisabel, enceinte de 7 mois, a été trainée par les cheveux et rouée de coups. Au moment du crime, le leader Marcos Veron, âgé de 73 ans, a été battu à mort avec de coups de poings et de crosse de fusil sur la tête. Il est décédé victime de traumatismes crâniens. » 

Le cacique Marcos Veron a été assassiné comme 289 autres personnes de son peuple : enfants, personnes âgées, femmes et hommes dans la fleur de l’âge, massacrées pendant ces 14 dernières années par l’ordre des grands propriétaires fonciers.

Dix ans après son meurtre, le 29 janvier 2013, son fils Ládio, a déclaré à la télévision brésilienne : « Nous récupérerons des territoires totalement dévastés. Nous allons devoir durement travailler à leur reforestation. Nous aurons besoin de soutien pour y parvenir sur le long terme ».

Ladio-Veron, Marcos-Veron
Ládio et sa mère tenant photo de Marcos Veron assassiné au Brésil en 2003

 

Valdelice Veron : mon peuple crie au secours !

En juillet 2015, Valdelice Veron, sa sœur, à Paris, lors du « Sommet des Consciences Climat pour le Climat » lance un cri d’alerte en faveur des indiens Guarani Kaiowá face à la déforestation et à la corruption. Cette indigène, fière d’appartenir à l’ethnie Kaiowá, agit aussi en défense des « tekoha » et du mode de vie traditionnel du peuple guarani.

Comme son père et son frère, Valdelice se bat ardument contre le génocide et l’ethnocide pratiqués au Brésil. Dans la conférence de presse organisée par France Libertés et Planète Amazone, elle a fait savoir : « J’ai besoin d’aide ! Mon peuple crie au secours ! Je ne suis que la porte-parole d’un peuple qui refuse de mourir en silence ! Notre seul désir est de vivre en paix sur la terre où nous sommes nés, où sont enterrés nos ancêtresNous exigeons la stricte application de la Convention des Nations Unies contre la Corruption, par les pays signataires. Cette pratique de la corruption est la base de l’exportation illégale de bois, en d’autres termes, d’une usurpation criminelle qui mène les populations autochtones à une calamité. »

La préservation de la nature

En effet, la déforestation a des conséquences dramatiques pour l’homme et son environnement, qui répercutent partout dans le monde ; puisque ses conséquences traversent les frontières des continents. Particulièrement sur le cycle hydrologique provocant des inondations, des sécheresses ainsi que l’érosion accélérée des sols.

Comme Valdelice Veron le dit si bien, elle est comme « une gardienne des forêts dont la seule ambition est d’assurer à ses enfants le Testament vert, synonyme de préservation de la nature. La relation respectueuse de mon peuple envers la terre, la faune et la flore est une simple expression du mode de vie Kaiowá. Nos territoires sont en train d’être détruits par des hommes avides, dont le seul but est de s’enrichir en approvisionnant le marché international de soja, de viande… En ce qui nous concerne, le fléau est l’agro-carburant : l’éthanol qui est fait du sang qui jaillit de nos veines et inonde la terre Kaiowá. »

Résultat : « Le monde est à la croisée des chemins. Les droits ancestraux des Indiens du Brésil, reconnus par la Constitution brésilienne, sont en danger. Le développement durable, économique et social dépend de la Terre et de la Vie. La Terre-Mère a aussi besoin de ses gardiens. Elle a besoin du peuple originaire, puisque celui-ci n’a pas succombé entre les mains de la cupidité et du progrès illusoire. Nous devons nous unir les uns les autres, guidés par ces gardiens qui nous ramènent à terre. C’est seulement ainsi que nous pouvons conquérir notre avenir, ensemble, avec tous les peuples qui se battent pour que la planète puisse encore respirer. »

 

Affrontement entre la Police et les Indiens au Brésil.
Affrontement entre la Police et les Indiens au Brésil.


Rapport Figueiredo(5) – des atrocités inhumaines contre les Indiens

Du nom du procureur public Jader de Figueiredo Correia, ce rapport de 7.000 pages a mis en évidence les horribles atrocités infligées aux premiers habitants du Brésil. Ce document, commandé par le ministre de l’Intérieur, en 1967, révèle les crimes commis contre les Indiens aux mains des puissants propriétaires terriens et du Service gouvernemental de Protection des Indiens SPI. Un rapport alarmant qui énumère les crimes commis dont furent victimes les Indiens du Brésil dans les années 1940, 1950 et 1960, tels que : meurtres de masse, torture, esclavagisme, guerre bactériologique, abus sexuels, spoliations territoriales. Suite à ces atrocités, certains peuples ont complètement disparu et de nombreux autres ont été décimés. Le rapport Figueiredo a déclenché un sérieux scandale international à ce moment là. Cliquez ici pour lire : Rapport Figueiredo – génocide des Indiens du Brésil.

Massacre du 11è parallèle

L’un des faits les plus terrifiants de ce rapport est le « Massacre du 11è parallèle« , en 1963, au cours duquel un avion type petit coucou largue de la dynamite sur un village des Indiens Cinta Larga(6). Où trente Indiens furent tués mais les deux seuls survivants ont pu témoigner. Enfin, pour la première fois, le Brésil a été dénoncé et épinglé internationalement pour génocide.

Ainsi ces brutalités contre les Indiens ont toujours été là. Par exemple, en 1984 avec la chute de la dictature, et lorsque le gouvernement a reconnu le droit à la terre des autochtones, la violence et les hostilités envers les Indiens ont redoublé ; puis, en 1990, quand le gouvernement a officiellement délimité la terre appartenant aux Guarani. Et toujours la même manière de procéder : les hommes de main recrutés par les fermiers, ou des policiers, attaquent leur village, les encerclent avec des bulldozers ou des tracteurs, brulent leurs cabanes, leurs tirent dessus, blessent des bébés, des femmes, des hommes, les torturent, les placent dans des réserves. Afin que des partenaires d’un groupe pétrolier, comme Shell ou un autre, convertissent leurs terres en plantations de canne à sucre pour l’agrocarburant à base d’éthanol pour l’Europe, ou dans des immenses plantations de soja transgénique, mauvais pour notre santé et pour l’environnement.

Marina Silva réagit

Pour la militante écologiste et femme politique Marina Silva « La violence faite aux autochtones a des racines structurelles dans la société brésilienne ». Elle note que « les 45.000 Guaranis souffrent d’une grave exclusion sociale. Même sous la présidence de Dilma Rousseff, l’amélioration des droits des peuples autochtones n’a joué qu’un rôle mineur : puisque seulement dix territoires autochtones ont été reconnus lors des deux premières années de son mandat ». 

Pourtant l’article 67 de l’Acte des Dispositions Constitutionnelles Transitoires stipule bien que « l’Union doit conclure la délimitation des terres indiennes dans un délai de cinq ans, à partir de de la promulgation de la Constitution ». Étant donné que la Constitution Fédérale a été promulguée le 5 octobre 1988 et qu’elle fixe que les terres indiennes devraient être délimités jusqu’au 5 octobre 1993, il existe un retard notoire donc dans les délimitations de ces terres ou le pouvoir Exécutif brésilien n’a pas fait son travail(*).

Les responsables

Au Brésil, la situation des Indiens s’est visiblement aggravée avec l’ingérence des grosses entreprises multinationales, des Ėtats-Unis, et des gros propriétaires fonciers. Tous bien acceptés par le gouvernement brésilien. Et depuis, les autochtones sont placés dans des réserves, entourées : par des milices, par des grosses exploitations de canne à sucre qui appauvrissent le sol en azote, phosphore, potasse, calcium, magnésium, par de la culture intensive de soja transgénique, et par l‘élevage de bovins pour les MacDo. Tout cela fait disparaître la forêt Amazonienne au même rythme que les Indiens. Les principaux marchands responsables de cette situation sont ADM(7) , Cargill8) , Bunge(9) , Maggi10).

Moissonneuses batteuses remplacent la forêt, au Mato Grosso du Sud au Brésil.
Moissonneuses batteuses remplacent la forêt, au Mato Grosso du Sud au Brésil.

 

En effet, au Mato Grosso do Sul cette situation s’empire jour après jour. Les raisons sont évidentes puisque l’agro-business s’est, très, très bien installé avec la bénédiction des autorités locales qui s’enrichissent personnellement. Ces puissants propriétaires terriens sont bien organisés, financièrement et politiquement, grâce à leurs représentants dans tous les niveaux des pouvoirs de la Nation : judiciaire, législatif, exécutif, et aux niveaux : municipal, étatique, et fédéral. De cette façon la boucle est bouclée et ces gros fermiers, avec d’autres secteurs capitalistes, détiennent le pouvoir dans tout le Pays. En revanche, les communautés indigènes n’ont pas de représentation dans aucune des instances des pouvoirs du gouvernement (judiciaire, législatif, exécutif), ni à l’échelle du département ou du municipal. Voilà pourquoi la solidarité internationale se présente comme l’un des seuls moyens de pression sur le gouvernement brésilien.

Rupture avec le lien sacré – Violences physiques et psychiques

Ces Indiens du Brésil sont en quelque sorte pris en otage dans leur propre pays, et de ce fait ils ont vraiment besoin de la communauté international afin de garantir leurs droits. Des droits fondamentaux qui ont été obtenus, à force de la sueur et du sang de leur familles depuis des générations. 


Selon le professeur João Pacheco De Oliveira(11), « Aujourd’hui la seule définition des Indiens est en termes de droits internationaux… Ces droits attribués aux populations tribales, semi tribales, indigènes, à ces populations qui ont fait l’objet de colonisations, de dominations. Les instances nationales et internationales ont commencé à reconnaître les droits aux XXè et XXIè siècles. L’Indien ne peut se définir à travers la race ou des éléments arbitraires de culture. L’Indien a une auto-définition et la question cruciale est celle de la Haute Identité : celle de populations originelles, qui ont été colonisées et se sont transformées en populations sans droits. »

Pour ce professeur, coordinateur de la Commission des Affaires Indigènes, l’identification des Indiens comme étant les premiers brésiliens, est très importante, pour une question d’origine des droits. Les Indiens luttent au Brésil pour leur reconnaissance vu qu’ « ils sont la première population de ce pays, ils sont la population autochtone », c’est à dire issus du sol où ils habitent.

De plus les Indiens sont la base de la richesse du Brésil. Le Brésil a été construit par les peuples indigènes. Ils ont été les premiers esclaves avant l’arrivée des Africains, à partir du XVIè siècle. Ces premiers brésiliens ont construit donc la plupart de villes, comme Salvador, Rio de Janeiro, Recife, avec ses routes, ses églises, ses fortifications.

Le professeur Pacheco De Oliveira croit qu’il est important de dire que « le Brésil doit aux Indiens ses territoires, ses flux initiaux de population, et ses richesses. Santé, éducation ou marquage des territoires ne signifient rien sans le paiement de cette dette historique existant avec le passé…. ».

Un taux de suicide très élevé

Après tout ce que ces premiers brésiliens ont donné au Pays, et devant toutes les pressions écrasantes subies, les Indiens craquent et se sentent impuissants. Ils souffrent du manque de reconnaissance. Pour les jeunes c’est trop dur, trop triste, et cela pousse quelques adolescents à trouver refuge dans le suicide. Selon les statistiques des Instituts, les Guarani ont un taux de suicide douze fois supérieur à la moyenne brésilienne. Résultat : 304 suicides constatés entre 1986 et 1999, et 500 entre 2004 et 2014. Ce qui signifie plus de 1% par rapport à la population guarani et représente le taux de suicide le plus élevé au monde. Avec près de 45 mille personnes, les Guarani sont la plus grande population d’indiens autochtones du pays.

À la recherche de son identité perdue

Un reportage de janvier 2014, réalisé par l’Organisation des Nations Unies – ONU et TV5 Monde, près d’un petit village pas loin de frontière du Paraguay, met en évidence le suicide de ces jeunes indiens : « Les Guarani du Brésil : un peuple à la recherche de son identité perdue ».

Dans ce reportage l’anthropologue Tonico Benites, porte parole Guarani Kaiowá, explique que la raison fondamentale qui provoque ces suicides est la rupture avec le lien sacré, qui unit un peuple à sa terre ancestrale où il a toujours vécu. Ce lien qui a été rompu lorsqu’ils ont été chassés et forcés à quitter leur territoire, pour vivre dans des réserves mises en place par le gouvernement.

Tonico Benites parle de l’importance des terres qui est primordiale pour l’identité de cette communauté, au-delà d’être aussi leur principale source de subsistance. « Les Indiens ont le sentiment qu’ils ont perdu leur autonomie, leur joie, leur capacité à survivre, donc ils commencent à penser à la mort, explique Benites. Ils sentent la nostalgie, la saudade, de leur terre, de la vie qu’ils y menaient, de la beauté des lieux, de la liberté qu’ils avaient dans leur territoire. Dans la réserve il n’y rien de tout cela, et le suicide est un moyen de refuser de l’accepter ». Ainsi les Indiens vivent quotidiennement dans la douleur de ce paradis perdu volé à leurs ancêtres.

Benites raconte qu’il a reçu des menaces de mort de la part des agriculteurs et des éleveurs, que les milices leurs mettent la pression. Il a été averti « Ne te mêle pas de cette lutte pour la terre, sinon tu vas mourir : un accident peut vite t’arriver ! « . Et, à trois reprises, cela a failli arriver. Cependant, par chance, il a réussi à s’en sortir.

La journaliste de TV5 Monde ne montre pas seulement les problèmes des indiens Guarani Kaiowá, natifs de la région, mais aussi les contradictions des agriculteurs, des éleveurs et des fermiers du MGS, qui se sont installés sur les terres indigènes. Certes les Indiens arrivent à faire face à des petits paysans, mais restent sans aucune défense devant les armes paramilitaires.

 

Les Guarani

Ce groupe ethnique se divise en Guarani Kaiowás, Guarani Ñandeva et Guarani Mbya. Les Guarani vivent au Brésil, en Argentine et au Paraguay. Ils sont le premier peuple indigène à être contactés par les Européens, à leur arrivée en Amérique du Sud, au XVIè siècle.

Les Guarani Kaiowá et les « découvertes »

Le peuple Guarani Kaiowá constitue l’une des 305 ethnies amérindiennes qui vivent au Brésil, dans l’État du Mato Grosso do Sul, le long de la frontière avec le Paraguay. Le processus de colonisation commencé par les Portugais au XVIè siècle n’a malheureusement pas pris fin pour ce peuple  ; même après l’indépendance du pays en 1822 et la Constitution Fédérale de 1988, qui garantit le droit à la terre pour les peuples indigènes. Malgré cela, encore aujourd’hui, les Guarani sont expulsés par l’avancement de l’agro-industrie, violés et tués dans leurs propres terres ancestrales.
Ce génocide Indien commencé en 1492 avec l’arrivée en Amérique du navigateur espagnol d’origine italienne, Christophe Colomb, s’est poursuivi, au Brésil, en 1500, avec le portugais Pedro Álvarez Cabral. À ce moment là, les Guarani Kaiowá ont résisté au contact des colonisateurs se réfugiant dans les forêts de la région. Puis le massacre a continué par l’invasion des grands propriétaires terriens qui exploitent leurs terres pour l’agro-business. Mais les Indiens subissent aussi les envahissements des chercheurs d’or, des colons et petits fermiers en cherche d’une vie meilleure, faute de politique gouvernementale humaine et respectueuse des autochtones. Et depuis ils sont confinés dans des réserves, coupés de leurs terres ancestrales et sans aucun moyen d’assurer leur substance. Ce qui les met face à des conflits internes associés à l’alcoolisme, à des suicides.

Des pirates protégés

Ces envahisseurs, entreprises ou individus, détruisent leur habitat, leur mode de vie, leur propre vie, tout en les transformant en des êtres vulnérables, victimes de maladies transmissibles et de malnutrition, puisqu’ils sont privés de leur territoire de chasse et de la foret qui les nourrit. Pour ces raisons, il est impossible pour eux de survivre dans des réserves avec peu de terre sans avoir accès à leurs activités traditionnelles, telles que la chasse, la pêche et l’horticulture. En revanche, dans leurs terres ancestrales, les Guarani n’ont jamais souffert ni de la famine ni de la pauvreté.
En décembre 2004, lors d’une visite de la Fédération Régionale Indigène a trois communautés guarani, la Fédération a constaté que 31,7% des enfants guarani souffraient de malnutrition et 14% de malnutrition grave.
En 2005, les Guarani, vivant dans ces campements surpeuplés, alertent les autorités sur le fait que la malnutrition et la misère étaient liées au manque de terre  et que le problème «  ne s’agit pas de [leur] donner à manger. Nous étions un peuple libre dans un environnement généreux. Aujourd’hui, notre vie dépend de l’aide du gouvernement. Cette politique paternaliste ne nous permet pas de nous épanouir en tant que peuple. Nous devons faire revivre nos terres. Elles doivent être officiellement reconnues par le gouvernement, et les envahisseurs doivent en être chassés».

L’espoir

Quant au professeur de Droits Humains, James Anaya, ancien rapporteur spécial de l’ONU sur le Droit des Peuples Autochtones, dans le reportage de TV5 Monde, il se dit convaincu que : « Respecter les Indiens et les laisser à leur place ancestrale ne peut être que bénéfique pour tous les Brésiliens et pour tout le Brésil. Il y a des solutions à envisager. Les agriculteurs et fermiers doivent rendre les terres et être indemnisés. Mais en contrepartie ils doivent reconnaître la situation difficile des Guarani ». Anaya pense que « il doit avoir une compréhension plus profonde de la part des agriculteurs, par rapport à l’importance de ces terres comme condition de survie pour les Guarani. Une survie non seulement physique mais aussi culturelle. Et au final c’est la société brésilienne, dans son ensemble, qui pourra bénéficier de la présence et de la survie de cette population autochtone, ainsi que de tout ce qu’elle apporte au pays et à cette région ».

Conscient de l’importance de leur rôle dans la société brésilienne pour le bien du pays, les caciques Raoni et Megaron, ont lancé l’Alliance des gardiens de la Mère Nature, à la fin 2015, lors de la COP 21 (Conférence pour le Climat). Cela représente un chemin d’espérance dans ce sens. Lors de la conférence ils ont demandé que « les instances internationales reconnaissent la notion de crime contre les générations futures et de l’écocide, ou crime de destruction partielle ou totale des écosystèmes d’un territoire spécifique », afin qu’ils puissent survivre. Le droit à la terre, le droit à la vie ce sont des droits universels. Comme les Guarani, chaque brésilien de sang indien, devrait défendre ses racines, ses origines, sa famille, ses ancêtres. Des racines qui ont un besoin impératif d’être préservées, comme ils le clament. Par ailleurs, l’Assemblée Constituante de 1986 du Brésil a reconnu ce droit : le droit à la préservation des origines, des cultures, des valeurs liturgiques et folklorique.

Les Indiens sont les premiers écologistes de l’histoire de l’humanité, respecter la nature était normal pour eux. Malgré tout ça, et grâce à la bêtise humaine, qui ne pense qu’à un profit immédiat en détruisant tout un patrimoine de l’humanité, aujourd’hui, les Indiens sont en train de disparaître à toute vitesse et à la même vitesse que la forêt amazonienne.

Pour toutes ces raison, les Guarani veulent être internationalement et nationalement reconnus comme des propriétaires à part entière de la terre de leurs ancêtres. La communauté internationale peut venir à leur secours afin de leur accorder une réelle protection contre leurs prédateurs, en plaçant une épée de Damoclès sur la tête du gouvernement du Brésil.

Pour se faire entendre et afin que son peuple ne disparaisse à jamais le cacique Ládio Veron est en Europe. En France, il est accompagné par les  «  Amis des Sans Terre France/Amérique Latine » communiqué de presse – regardinfos.com. Cette association agit par-dessus les lobbies afin de défendre les citoyens, soucieux de la sauvegarde de l’environnement et de la survie de l’humanité.

 

 

Cartoon de Bruno.blogs.com. Fin de la Conférence de l'ONU sur le développement durable Rio2012.
Cartoon de Bruno.blogs.com. Fin de la Conférence de l’ONU sur le développement durable Rio2012.

NLDS.

Notes :

(1) Survival International défend activement les droits des Indiens du Brésil, en es aidant à protéger leur vie et leur terre pour mieux déterminer leur avenir. L’organisation mène de nombreuses campagnes en leur faveur. Notamment celles en faveur des Awà, des Guarani et des Makuxi.

(2) Conventions 107 et 169 de l’OIT. La Convention 169 de l’Organisation International du Travail, 1957, ou Convention Relative aux Peuples Indigènes et Tribaux, est avec la Convention 107 aussi relative aux populations aborigènes, tribales et semi-tribales, un instrument juridique adopté par certains pays. La Convention 107 a entrée en igueur le 2 juin 1959 et a été ensuite ratifiée par 27 États, essentiellement sud-américains. Cet instrument juridique concerne la protection et l’intégration de ces populations dans les pays indépendants, allant des conditions de travail, de recrutement aux droits fonciers, en passant par la santé et l’éducation.

(3) L’Impeachment, ou mise en accusation, prévu par la Constitution brésilienne, en 2016, la présidente Dilma Rousseff, pour l’éloigner du pouvoir. Un « coup d’État démocratique », comme le qualifie Dilma Vana Rousseff, réélue en octobre 2014, avec 54 millions de votes. Dilma, la première femme à la présidence du Brésil, a été ainsi retirée définitivement de ses fonctions par le Sénat. 

(4) Petrobras/Odebrecht : cette une affaire de corruption politique implique Petrobras, le géant pétrolier brésilien, contrôlé par l’État, et le Odebrecht, géant brésilien des Bâtiments et des Travaux Publics – BTP.  L’affaire a été révélée en mars 2014. Ces deux entreprises travaillent ensemble sur les grands chantiers d’infrastructure, surtout ceux liés aux nouvelles réserves en eaux profondes découvertes au large du Brésil méridional. En décembre 2016 le scandale Petrobras met directement en cause le président Temer lorsque des hauts dirigeants d’Odebrecht ont commencé à dénoncer les sommes versées aux partis politiques. Selon un des ses anciens cadres Michel Temer, vice-président de Dilma Rousseff, aurait en 2014 demandé plus de 3 millions d’euros à Marcelo Odebrecht, PDG de ce géant du BTP. Cet argent aurait servi à financer la campagne de plusieurs candidats du parti de Temer, PMDB (Parti du Mouvement Démocratique Brésilien, centriste), au pouvoir au Brésil aujourd’hui. Au delà de Temer plusieurs dizaines d’autres personnalités politiques ont été citées dans ces dépositions contre des remises de peine dans le cadre de l’opération « lava jato » (lavage express). Bref l’actuel secrétaire de la présidence ainsi que le président du Sénat auraient coordonné des versements de pots-de-vin d’Odebrecht, qui obtenait en échange des contrats publics..

(5) Rapport Figueiredo : en 1967, quand est créé le ministère de l’Intérieur au Brésil, le General Albuquerque Lima accède à la tête de ce nouveau ministère et demande un rapport sur les Indigènes au procureur de la République, Jáder Figueiredo Correia. Ce rapport sera appelé le Rapport Figueiredo. Un rapport choquant sur les horribles atrocités, subies par les Indiens du Brésil, qui a été mystérieusement « détruit » lors d’un incendie et qui est réapparu 45 ans plus tard, grâce aux recherches de la Comission Nacionale de VéritéCNV. Il a été mis à disposition du Musée de l’Indien.

(6) Cinta Larga ainsi appelés d’après les larges ceintures en écorce d’arbre – le tuari – qu’ils portent. Les Cinta Larga vivent de l’Est de l’état de Rondônia au Nord-Ouest de Mato Grosso.

(7) ADM produit et vend au Brésil du soja, du maïs, des aliments pour animaux, du biocombustible, des produits chimiques et des ingrédients spéciaux pour l’industrie. ADM a sébuté au Brésil en 1997 après avoir acheté diverses installations du secteur.

(8) Cargill  est implantée depuis 10 ans au Brésil, avec 7 usines dont une dans le municipe de Primavera de Leste dans l’état de Mato Grosso pour la production du soja. C’est l’une des plus grandes exportatrices de soja en grain du Brésil. Selon José Luiz Glaser, directeur du Complexe Soja de Cargill Brésil, 2009, Cargill est le « leader mondial de vente de soja et un important producteur du marché de protéine animal. »

(9) Bunge, dès 2008, est propriétaire, entre autres, de l’Usine Monteverde. En 2004, la terre où cette usine s’est installée a été reconnue par la Fondation Nacionale de l’ÍndienFUNAI en tant que territoire traditionnel du peuple Guarani Kaiowá. En outre, au Brésil, des géants comme Coca-Cola achètent du sucre à Bunge qui, de son côté, achète du sucre de l’Usine de Monteverde dans la Terre Indígene Jatayvary, située à Ponta Porã (MS). L’ONG Oxfam, s’est penchée sur dix géants de l’industrie agroalimentaire pour évaluer leurs politiques et engagements en faveur de plusieurs problématiques, notamment celle de l’accaparement des terres. À travers son rapport appelé « Le goût amer du sucre » elle a pointé les liens étroits entre cette industrie du sucre et les appropriations injustes de terres au Brésil, dans ces conflits agraires où des indiens Guarani Kaiowá ont été assassinés.

(10) Maggi  : « Sans le soja, dit l’actuel ministre l’Agriculture, Élevage et Ravitaillement, Blairo Maggi, Mato Grosso serait encore dans une situation précaire ». Cet agronome, entrepreneur et homme politique sans scrupule a gouverné l’état de Mato Grosso (MG) de 2003 à 2010.  Au-delà d’être l’un de plus grands producteurs de grains du Brésil, il a été sénateur de la République pour le même état de 2011 jusqu’à mai 2016, quand il a été appelé pour faire partie du gouvernement de Michel Temer en tant que ministre de l’Agriculture.   De plus, en 2015, Blairo Maggi, ex-gouverneur de MG et sénateur du même état était accusé d’être l’un des bénéficiaires du scandale nommé l’Opération Ararath, où il avait participé en faisant de très hauts crédits de forme illégale. Dans un supposé schéma de transactions financières clandestines, qui auraient eu lieu à Mato Grosso pour un montant de R$500 millions de reais brésiliens (environ 143 millions d’euros aujourd’hui), qui comptait avec la complicité de divers hommes politiques, et qui marchait pour différents fins économiques et politiques. Et pourtant la règle du bon sens dit que l’on ne peut pas être juge et partie ! De plus, en 2015, Blairo Maggi, ex-gouverneur de MG et sénateur du même état était accusé d’être l’un des bénéficiaires du scandale nommé l’Opération Ararath, où il avait participé en faisant de très hauts crédits de forme illégale. Dans un supposé schéma de transactions financières clandestines, qui auraient eu lieu à Mato Grosso pour un montant de R$500 millions de reais brésiliens (environ 143 millions d’euros aujourd’hui), qui comptait avec la complicité de divers hommes politiques, et qui marchait pour différents fins économiques et politiques. https://prezi.com/jgkp25qx-56g/blairo-maggi-ex-governador-do-estado-do-mato-grosso-e-atual/

(11) João Pacheco De Oliveira, ancien Président de l’Association Brésilienne d’Anthropologie et Professeur au Musée NationalUFRJ, coordonnateur de la « Commission des Affaires Indigènes », et, en 2009, conservateur de la fameuse exposition « Les premiers brésiliens ». Extraits des propos recueillis par Laurence de Raphelis-Soissan pour Les BRASILEIROS, 19/6/2012.

 

Autres Sources :

https://www.facebook.com/solidariteguaranikaiowa/

http://culture.univ-lille1.fr/agenda/detail/article/journee-detude-sur-lautochtonie-et-le-peuple-guarani-kaiowa.html

 

À voir, lire, écouter :

– Vidéo sur « Tracteur d’un gros propriétaire foncier avançant sur les Indiens Guarani Kaiowá ». Attaque qui a tué un Guarani Kaiowá et a blessé au moins cinq autres, le 14 juin 2016, à Toro Passo, TI Dourados – Amambaipegua I, Caarapó, MGS.

(*)Témoignage en oct 2015 de Narubia Werreria, leader Karejá parle de la PEC215, Proposition d’Amendement à la Constitution qui a reçu le numéro 215. Cette proposition du député de l’état de Paraná Almir Moraes de SA, du Parti de la République (PR-RR) propose que les démarcations des terres indigènes, la titularisation des territoires « quilombolas » et la création d’unités de conservation de l’environnement, passent sur la responsabilité du Congrès National, soit, une attribution des députés fédéraux et sénateurs, e non plus du pouvoir Exécutif, comme c’est le cas aujourd’hui. Ce qui permet l’usurpation des terres indiennes qui pourtant sont garanties aux Indiens par la Constitution de 1988. Elle dit que les terres traditionnellement occupées par les Indiens les appartient. L’exécutif n’a donc que appliquer la Loi mais il ne l’a toujours pas fait au détriment des Indiens. 

– Témoignage public de Daiara Tucano, militante indiènne de la tribu des Tucano d’Amazonas. Une vidéo témoignage sur les massacres des Indiens do MGS, postée le 8 septembre 2015. Daiara habite à Brasilia. Elle demande de l’aide au nom des Guarani Kaiowá do MGS. 

– Article du Monde juillet 2015 « Valdelice Veron, la porte-parole des Guarani Kaiowá accuse le Brésil d’écocide«  

– Sur Goodplanet « Amazonie : face à la déforestation, le cri d’alarme des Guarani Kaiowá« 

– Débat sur France inter : « La déforestation ne décime pas que les arbres »