Fjord du roumain Christian Mungiu palmé d’or à Cannes en 2026
Une famille nombreuse d’évangélistes s’installe en Norvège. Où un soupçon d’enfant battu suffit aux services sociaux pour séparer les enfants des parents. Un film fort, qui incite à réfléchir.
FJORD commence par le sonore, comme plusieurs films de la sélection du Festival de Cannes 2026. C’est une excellente idée. Car cela captive notre attention et nos sens de manière efficace. Comme l’affirme l’association La Semaine du son.
Alors ici le sonore choisi, par le réalisateur Christian Mungiu, ce sont des notes d’un piano entendues sur un écran noir. Avant de faire apparaître le Fjord, face à la montagne, avec son charmant village au bord du port.

Fjord le film
Un ferry arrive…
Ce film raconte la vie des Gheorghiu dans ce petit village où ils s’installent. Or cette famille, pieuse d’évangélistes roumano-norvégienne, a cinq enfants dont un bébé. La maman, s’appelle Lisbet (Renate Reinsve). Elle est Norvégienne, infirmière. Tandis que son mari Mihai Gheorghiu (Sebastian Stan) est un ingénieur en aéronautique. Il est né à Bucarest ainsi que leur progéniture.
Très vite leurs deux adolescents, Elia (Vanessa Ceban) et Emmanuel , se lient d’amitié avec leur voisine Noora (Henrikke Lund-Olsen) une copine de classe. Et ses parents Mats (Markus Scarth Tønseth), directeur de l’école et Mia (Lisa Carlehed), avocate, deviennent également des amis bienveillants avec les Gheorghiu.

Voilà, qu’au départ, les Gheorghiu sont très bien accueillis dans cette communauté. Où ils y travaillent, se montrent sérieux, compétents, gentils.
Mais, un jour, l’aînée, Elia, arrive à l’école avec des bleus du côté gauche du visage et de l’épaule. Alors Frida (Lisa Loven Kongsli), professeure référente des services sociaux, alerte l’Aide à l’enfance. Représentée par l’intransigeante Gunda (Ellen Dorrit Petersen) qui, par ailleurs, « n’a pas d’enfant ».
Résultat : ce soupçon d’enfant battu motive les services sociaux à enlever tous les enfants aux parents, le bébé inclus. Alors que Lisbet l’allaite encore. Sans aucun état d’âme de l’État, la fratrie se retrouve séparée dans des familles d’accueil…

En clair les parents doivent désormais affronter la machine infernale d’une procédure judiciaire afin de récupérer leurs enfants.
Fjord basé sur des faits réels
Or, Mungiu note que Fjord est un projet qui « s’inspire de longues recherches sur différentes affaires relayées par la presse. Où sont évoqués des points de vue radicalement différents sur la vie, l’éducation, et les valeurs entre des groupes dits « progressistes » et « traditionnels » ». Aussi, étant de base un journaliste enquêteur, il s’est « entretenu avec ces personnes concernées » avant de réaliser ce film.
Fjord ne laisse pas indifférent
Voilà que Christian Mungiu montre ici tous les points de vues. Tout en invitant chacun à se questionner sur ses certitudes. Mais aussi à entendre les autres. Et, par la même occasion, il sème le trouble.

Ainsi cela se passe dans un jolie cadre au bord de l’eau souvent menacé par des avalanches. Car celles-ci, au fond de l’écran, descendent de la montagne sur le village. Sans pour autant paniquer ses habitants, bien habitués à se mettre « à l’abri ». Illustrant du coup qu’il y a toujours des solutions aux problèmes.
Voilà donc que Mungiu montre et démontre comment des types d’éducation, de vision, de mode de vie, des mœurs, peuvent entraîner à une horreur humaine. Avec sont lot de quiproquos pouvant aboutir à l’intolérance et à créer des oppositions et/ou des rivalités retranchées.
C’est ainsi que ce cinéaste roumain, largement primé, incite à douter et à comprendre d’autres pensées. Au lieu d’avoir des certitudes toutes faites.
Christian Mungiu – réalisateur bien primé
Voilà pourquoi le Festival de Cannes 2026 offre à Fjord et à Christian Mungiu les prix : Fipresci, du Jury œcuménique, François-Chalais. Au-delà de sa deuxième Palme d’or. Car, en 2007 l’écrivain, ex-enseignant, était déjà couronné de la majestueuse palme avec 4 mois, 3 semaines, 2 jours.
Sans oublier qu’en 2016 Mungiu gagne le Prix de la mise en scène avec Baccalauréat. En 2012 le Prix du scénario pour Au-delà des collines. Lequel donne l’occasion aux actrices Cosmina Stratan et Cristina Flutur de montrer leur talent et recevoir le Prix d’interprétation féminine.
L’actrice Renate Reinsve


Quant à Renate Reinsve, icône de Julie en 12 chapitres, de Joachim Trier, elle remporte pour ce rôle le prix d’interprétation féminine au festival de Cannes en 2021. Puis Valeur sentimentale de Joachim Trier lui vaut le Prix de la meilleure actrice lors du 38ème European Film Awards à Berlin. Dans ce film Renate Reinsve donne la réplique à Stellan Skarsgård, Elle Fanning et Inga Ibsdotter Lilleaas. Valeur sentimentale remporte le Grand Prix à Cannes en 2025.
L’acteur Sebastian Stan

Dans Fjord Reinsve partage l’écran avec le remarquable Sebastian Stan qui incarne admirablement Donald Trump dans The Apprentice (2024) de Ali Abbasi. Et son interprétation dans A Different man lui offre l’Ours d’argent de la Meilleure interprétation en 2024 à la Berlinale. Au-delà du Golden globes du Meilleur acteur en 2025.
Un film controversé
Or le sujet de l’immigration de Fjord fait partie des thèmes chers à Mungiu. Déjà exploité dans R.M.N. (2022) et Traffic (scénariste et producteur, 2024). Où il met en scène le choc des cultures. À cette époque de démocratisation de n’importe quel droit d’expression, fake news, migrations, mondialisation.
Sans oublier que, dans Fjord, les médias, les politiques, les croyants, profitent pour avoir la parole en s’engouffrant dans cette brèche. Par ailleurs, comme dans plusieurs films à Cannes cette année, l’orientation sexuelle aussi est mise en relief par Mungiu.
Certes les Gheorghiu ressemblent à n’importe quels parents aimants, qui éduquent leurs petits. Sauf qu’eux ils sont des religieux pratiquants. Et doivent se battre contre une administration impitoyable soi-disant « progressiste », pour défendre la garde de leurs enfants…
Bref voilà quelques raisons qui font de Fjord un film à voir. Une fiction bien montée qui pousse certainement à la réflexion. Avec un bon scénario, un bon son, de beaux plans, une très belle lumière, d’excellents acteurs.
Fjord est en salles depuis le 19 août.
NOLDS.

