Brasília : de l’utopie à la capitale au Palais d’Iéna à Paris
Brasília est une exposition historique passionnante sur la création et l’architecture de l’actuelle capitale brésilienne.
BRASÍLIA : DE L’UTOPIE À LA CAPITALE est une exposition photographique de cette ville inaugurée le 21 avril 1960. Une ville construite et planifiée dans un temps record lors du gouvernement du président Juscelino Kubitschek de Oliveira (1956 – 1961), le fameux JK. Car c’est environ quatre ans de construction pour faire plusieurs immeubles avec toute les infrastructures sanitaires et routières nécessaires. Alors que de nos jours, à Paris, des travaux de réparation de la ville durent une éternité sans jamais être achevés.

Ainsi cette exposition, dont la commissaire est Danielle Athayde, retrace la création de Brasília depuis la première pierre posée dans un lieu désertique située au centre-ouest du Brésil. Une région géographique à la terre rouge battue connue comme Planalto central dans l’état de Goiás.
Un rêve devenu réalité
Pour la petite histoire, en 1957, le gouvernement brésilien lance un appel d’offres pour la future capitale. Oscar Niemeyer et Lúcio Costa sont choisis par un jury de spécialistes nationaux et étrangers. Résultat : Brasília est un chef-d’œuvre.
Avec eux il y a aussi le paysagiste Roberto Burle Marx. Or c’est tout un groupe d’artistes qui sont mandatés pour intégrer leur art à l’architecture de la ville. Ce qui fait de celle-ci un véritable musée à ciel ouvert.
À souligner également que le plan de Brasília, apparemment simple, est en réalité plein d’innovations. Puisqu’il incorpore les idées phares de l’architecture moderne. En particulier celles du Franco-suisse Le Corbusier sur la façon dont une ville doit fonctionner. En clair d’être organisée en zones selon l’utilisation des citoyens. Avec des secteurs pour habiter, circuler, travailler, s’amuser.
Plan pilote

Ainsi Lúcio Costa dessine une croix pour signaler la possession du lieu, et organiser son Plan pilote en deux axes principaux. Dans l’un d’eux, légèrement courbé pour s’adapter au terrain, il place les secteurs résidentiels.
Du coup, vu de haut, la croix arquée ressemble à un avion. Ce qui renforce le changement symbolique du Brésil comme pays moderne, triomphant, prêt à prendre son envol.
Et, perpendiculairement à l’axe résidentiel, il pose une artère qui constitue le principal axe de circulation. C’est un axe monumental avec des bâtiments publics dédiés au gouvernement, musées, cathédrale. Puis il place les principales œuvres d’Oscar Niemeyer reflétant la conception harmonieuse de la ville avec sa symétrie.
Par ailleurs, dans les zones résidentielles, Lúcio Costa dessine des blocs de bâtiments rapprochés et entourés de végétation. Afin d’inviter à une bonne convivialité entre les habitants et la nature. Dans ces superquadras, ou super blocs d’immeubles, proposés par Costa, tous les bâtiments sont soutenus par des pilotis. Ces colonnes établissent les fondations solides qui soutiennent les constructions au-dessus du sol. Permettant ainsi la libre circulation des piétons dans l’espace public au niveau en-dessous.
Voilà pourquoi Brasília est classée, en 1987, au Patrimoine de l’humanité par l’UNESCO. En effet cette capitale du Brésil est l’un des événements architecturaux majeurs du XXè siècle. Où l’art du gris du béton se mélange aux racines culturelles, à la démocratie, aux questions sociales, à une terre rouge entourée du vert des arbres sous un ciel bleu.
Un peu d’histoire
Cependant l’idée du transfert de la capitale de Rio vers l’intérieur des terres est très ancienne. En effet elle germe au XVIIIè siècle, à l’époque coloniale portugaise, avec le marquis de Pombal. Pour qui peupler l’immense arrière-pays brésilien s’impose comme un enjeu stratégique et géopolitique.
Alors en 1751 Pombal suggère le déplacement de la capitale du Brésil à Joseph Ier, prince régent du Portugal, surnommé le Réformateur. Et, en 1763, la capitale se déplace de Salvador de Bahia à Rio de Janeiro. Sauf qu’elle reste toujours sur le littoral…
Plus tard, au moment de l’Indépendance du Brésil (1822), un homme politique, José Bonifácio de Andrada e Silva, propose le nom de Brasília pour la future capitale d’un Brésil indépendant. Ce nom est acté par la Constitution portugaise en 1823.
Brasília l’œuvre du gouvernement JK

Finalement ce changement ne se réalisera qu’au XXè siècle avec le président Juscelino Kubitschek (1902 – 1976). Car c’est l’ex chirurgien, maire de Belo Horizonte (1940-1945), qui demande la construction de Brasília lorsqu’il devient chef d’État pour laisser un héritage marquant son mandat.
Brasília devient ainsi la capitale du Brésil, à la place de Rio. L’administration sera du coup transférée du sud-est vers le centre-ouest. Cela créé un élan d’effervescence et d’euphorie dans le pays. Malgré les efforts économiques demandés, à la population, pour ce chantier gigantesque.
Or JK est élu suite à une crise politique, qui aurait amené le président Getúlio Vargas (1882 – 1954) au suicide. Cette crise divise le pays.
Alors, pour Kubitschek, Brasília devra être un symbole de l’union nationale. « Une capitale centrale qui connectera toutes les régions du Brésil », d’après le professeur Antônio Carlos Carpintero, de la Faculté d’Architecture de l’Université de Brasília (UnB). Ainsi le nouveau siège du gouvernement devrait être une ville futuriste ne portant pas l’héritage colonial des anciennes capitales, Salvador et Rio.
En revanche cette « construction rapide de la ville oblige Lúcio Costa à faire des changements importants dans son dessin », raconte Carpintero à la BBC. Par exemple, l’architecte urbaniste souhaite que « des appartements différents en tailles et finissions soient construits dans les quartiers. Afin que les hauts fonctionnaires du gouvernement, ayant plus de moyens d’acquisition, puissent être voisins de leurs subordonnés. »
Un objectif architectural et social

Sauf que, comme les délais étaient serrés pour achever les travaux en 1960, avant la fin du mandat de JK, le souhait de Lúcio Costa n’a pas pu être exhaussé. Et une réduction du nombre d’appartements a lieu, au détriment des moins aisés.
Pourtant, pour Lúcio Costa, « Brasília ne devrait pas être seulement une ville moderne quelconque. Mais un monument représentant son importance et organisant la société de manière plus efficace ». Mais, la réalité montre très vite aux concepteurs que la nouvelle capitale ne fonctionnera pas exactement comme prévue…
Ainsi, en 1973, en interview dans le documentaire Itinéraire de Niemeyer, d’après la BBC, Lúcio Costa admet : « D’une certaine manière nous avons été trompés. Nous avions imaginé que le renouveau architectural et social étaient la même chose. Mais la réalité montre que les choses ne sont pas si simples ».

Brasília : de l’utopie à la capitale
Bref ici à Paris, dans cette exposition au Palais d’Iéna sur cette ville utopique et futuriste symbole du modernisme, une énorme maquette de 6 x 4,80 m signée par l’architecte Antônio José de Oliveira permet de découvrir l’aire originale de Brasília sur le Plan pilote, le projet urbanistique de Lúcio Costa.
Aussi des photographies d’époque du Plan pilote et de la construction de Brasília sont exposés. Ainsi que des lettres échangées entre Lúcio Costa, Oscar Niemeyer et Le Corbusier. Sans parler des instruments de relevé, des topographiques. Ou encore des carnets de notes d’explorateurs. Comme par exemple celle de l’expédition de l’astronome et ingénieur belge Luiz Cruls, en 1982, qui délimite le quadrilatère de la future nouvelle capitale.
Alors l’un des visiteurs commente ce dimanche dernier « c’est dommage qu’une si belle exposition ne reste plus longtemps à Paris ». En effet la capitale française ne l’accueille que du 16 au 21 mars.
Mais, au-delà de Paris, l’exposition itinérante Brasília : de l’utopie à la capitale voyage dans quinze autres capitales internationales. Où elle est appréciée par plus de 400 000 visiteurs. Allant de Buenos Aires à Rome en passant par Berlin, Lisbonne, Londres, Moscou, New Delhi, etc
Palais d’Iéna et Auguste Perret
Pour finir, Brasília est une ville unique au monde. Le Palais d’Iéna la reçoit pour fêter ses 65 ans. Dans ce bâtiment de l’architecte Auguste Perret (1874 –1954), pionnier du béton armé. Où siège le Conseil économique, social et environnemental (CESE). Remplissant ainsi sa mission de soutenir des projets artistiques qui font dialoguer architecture, art et société.
En donnant aussi une suite à l’Année du Brésil en France, en signe d’amitié entre ces deux très beaux pays.
NOLDS et YMD.

